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Bordeaux, le 2 février 2007
Objet : Pierre_B


Le 24 novembre dernier, Pierre Bernard s’est vu remettre, à Amsterdam, le prix de la fondation Erasme, décerné annuellement à ”des personnes ou institutions qui ont fortement contribué à la diffusion et à l'image de la culture et des valeurs européennes”.
La presse n’en a pas parlé ; Pierre Bernard n’a pas eu l’honneur du 20 heures… Pourtant, le prix Erasme, c’est une sorte de Nobel de la culture, et rares sont les personnalités françaises à avoir ainsi été honorées : Jacques Delors (1997), Raymond Aron et Marguerite Yourcenar (1983), Jean Prouvé (1981), Claude Levi-Strauss (1973)… Que du beau monde !
Mais qui est donc ce Pierre B. que les Néerlandais honorent ainsi ? Architecte ? Philosophe ? Anthropologue ? Écrivain ? Non. Pierre Bernard est graphiste.
Nous sommes donc très heureux et très fiers que le graphisme soit ainsi reconnu à la hauteur des ambitions que nous mettons dans ce mot. D’autant plus heureux que Pierre est l’un des fondateurs de Grapus, ce collectif de graphistes qui a pendant vingt ans (1973-1993) bouleversé joyeusement et radicalement la façon de produire, de vivre et de penser les images.
C’est Grapus qui nous a mis en chemin : en 1981, nos études terminées, nous avions le désir de travailler ensemble et nous cherchions un terrain d’entente… Grapus nous montrait la voie d’un possible : nous ferions donc des affiches ! Sociales et politiques. Nous produirions des images pour nos amis architectes, plasticiens, théâtreux et militants des droits de l’homme et de l’environnement. Notre atelier s’appellerait ”presse papier”. Etc.
En 1982, nous ferons le pèlerinage à Paris pour y goûter l’expo Grapus au musée de l’affiche, rue de Paradis : nous en reviendrons avec l’impérieuse obligation de trouver et de conforter notre propre langue.
Plus tard (cf. ci-dessus), un logo ? Non, on le sent très bien, le terme ne convient pas pour restituer la nature simplement complexe de cette spirale toute vibrante de l’expansion du grand big-bang qui la génère. C’est l’emblème des Parcs Nationaux de France (1991). Grande émotion, quand nous découvrons la petite installation qui présente ce travail au centre Georges Pompidou : la simple évidence d’une œuvre majeure.
Et dans ces années-là, c’est également autour du “graphisme d’utilité publique”, une notion chère à Pierre Bernard que se confortera notre éthique du projet.
Merci Pierre et bravo !
Merci également à tes camarades de l’époque Grapus : Jean-Paul Bachollet, Alex Jordan et Gérard Paris-Clavel.
M + B

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Précipitez-vous sur le site de la fondation Erasme pour y lire – en français – le texte de l’allocation de Pierre Bernard : cliquez ici
Allez vite faire un tour sur le site de la mairie d’Aubervilliers pour y voir les images du Fonds Grapus
Quant au livre édité à l’occasion ("Mon travail, ce n’est pas mon travail", éd. Lars Müller, 2006), il nous laisse un peu perplexes, le monsieur qui l’a écrit – Hugues Boekraad – raconte une histoire qui ne ressemble guère à celle que nous connaissions…

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