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Bordeaux, le 25 août 2008
Objet : Le sentier


Quand nous disons “randonnée”, “marche” (ou “trek”, pour faire plus moderne), les Espagnols disent “senderismo”. Eux se réfèrent au “sendero”, le sentier. Sans lui, la montagne serait impénétrable. Le sentier, la trace, la minuscule griffure. Insoupçonnable pour celui qui ne connaît la montagne que dûment goudronnée. Intelligence du sentier, qui négocie au mieux avec le relief. Quand il s’agit de franchir un torrent à gué, il connaît le passage le plus favorable; quand il faut venir à bout d’une pente raide, nous suivons patiemment ses lacets.
Là-haut, au-dessus des pâturages, quand le végétal se fait rare, le sentier devient sente. Dans les bons moments, nos pas le devinent avant que nos yeux ne le distinguent. Plus bas, dans le piémont, le sentier qui mène aux villages se civilise et devient chemin vénérable parfois bordé de murets en pierres sèches, de haies de noisetiers ou de buis.
“Casse-pattes”: sentier pierreux, malaisé; “bavante”, sentier raide, escarpé. Les deux spécialités, parfois, se cumulent…
Sentier sorcier, qui ménage ses effets, et ne dévoile qu’au dernier moment le passage qui rend possible les franchissements les plus escarpés. Sentier gourmand, qui récompense nos efforts : fraises, framboises, myrtilles. Perdre le sentier: inquiétude, difficulté, éventuellement danger. Se tromper de sentier: péripétie probablement inévitable. Retrouver le sentier: soulagement.
Dessiné pas à pas par la multitude de ceux qui nous ont précédés, le sentier est un patrimoine, même si le mot est un peu pompeux pour lui. Le trop et le trop peu le menacent également : surfréquenté, il s’éraille et se déstructure, trop rarement pratiqué, au contraire, il disparaît par envahissement végétal, éboulis, inondations.
M + B

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sur les sentiers des Pyrénées, côté Sud,
entre Latour-de-Carol et Vielha,
du 5 au 21 août 2008.
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